Comment savoir si c'est fait maison ?

Vous commandez un plat au restaurant. Le serveur vous annonce fièrement "tout est fait maison". Vous mordez dans votre burger : le pain est industriel, le steak surgelé reconnaissable entre mille, les frites sortent d'un sac McCain. Le "fait maison" est devenu un argument marketing vidé de sens. Certains restaurants assemblent du surgelé et appellent ça maison. D'autres cuisinent réellement sur place avec des produits bruts. Comment faire la différence ? Quelques indices visuels, gustatifs et organisationnels vous permettent de repérer le vrai du faux. Voici les six signes qui ne trompent pas, que ce soit au restaurant, chez un traiteur ou dans un plat préparé.
La carte change régulièrement
Un restaurant vraiment fait maison adapte sa carte aux saisons et aux arrivages. Vous voyez des asperges en avril, des tomates en août, du gibier en automne. La carte compte quinze à vingt-cinq plats maximum, pas cinquante options disponibles toute l'année.
Pourquoi : Cuisiner frais demande du temps et de l'organisation. Impossible de proposer quarante plats différents en vrai fait maison. Les cartes interminables signalent presque toujours du surgelé assemblé.
Mélanie, responsable communication, déjeunait dans le même restaurant d'entreprise depuis deux ans. Carte identique 365 jours par an : burger, Caesar salad, saumon sauce hollandaise, pad thaï. Un jour, elle a testé le bistrot d'en face. Carte ardoise, huit plats qui changeaient chaque semaine. Prix similaire, qualité incomparable. Elle a compris : le premier assemblait du surgelé, le second cuisinait vraiment.
Un plat industriel a des textures uniformes, lisses, standardisées. Une purée maison a des grumeaux légers, une sauce maison a une consistance irrégulière, un gâteau maison n'a pas la mie parfaitement homogène des industriels.
- Purée : grumeleuse et irrégulière = maison. Lisse parfaite = poudre industrielle
- Frites : formes irrégulières, calibres différents = maison. Uniformes = surgelées
- Pain : croûte craquante, mie alvéolée irrégulière = artisan. Mie cotonneuse uniforme = industriel
- Sauce : consistance variable, goût franc = maison. Texture gélifiée stable = industrielle
- Gâteau : mie dense ou friable selon recette = maison. Mie élastique qui ne s'émiette jamais = industriel
Mon erreur personnelle : pendant des années, j'ai cru que la perfection visuelle signalait la qualité. Un dessert impeccablement lisse, une sauce d'une régularité absolue. Faux. La vraie cuisine maison a des imperfections. Le jour où j'ai compris que les grumeaux légers dans une purée garantissaient qu'elle était faite de vraies pommes de terre, j'ai complètement changé mes critères.
Le temps de préparation varie selon les plats
Vous commandez un bœuf bourguignon. On vous le sert en huit minutes. Impossible. Un bourguignon mijoté demande trois heures minimum. Si votre plat arrive trop vite pour être cuisiné sur commande, il était préparé à l'avance (acceptable) ou réchauffé du surgelé industriel (problème).
- Pâtes fraîches ou risotto : 15-20 minutes
- Poisson poêlé, viande grillée : 10-15 minutes
- Plats mijotés (bœuf bourguignon, couscous) : préparés le matin, servis le midi/soir
- Desserts crémeux (tiramisu, panna cotta) : préparés plusieurs heures avant
Romain, commercial en déplacement, mangeait souvent au restaurant. Il a développé un réflexe : noter le temps entre commande et service. Poulet rôti en six minutes ? Impossible, c'était du réchauffé. Risotto en vingt minutes ? Cohérent, probablement fait à la commande. Ce simple chronomètre mental l'a aidé à repérer les bonnes adresses.
L'équipe en cuisine est visible
Les cuisines ouvertes ou semi-ouvertes révèlent la réalité. Vous voyez des gens cuisiner, éplucher, couper, mijoter. Ou vous voyez des gens ouvrir des sachets, réchauffer au micro-ondes, assembler des éléments préfabriqués.
Si la cuisine est fermée : Écoutez. Une vraie cuisine fait du bruit : casseroles, couteaux sur planches, feux vifs. Une cuisine silencieuse qui n'envoie que des micro-ondes signale l'assemblage industriel.

- La carte change au moins tous les trois mois selon les saisons
- Le nombre de plats proposés reste raisonnable (15-25 maximum)
- Les textures sont irrégulières, pas parfaitement lisses
- Le temps de service correspond au temps réel de cuisson du plat
- La cuisine est visible ou des bruits de cuisine réels sont audibles
- Les accompagnements varient selon les arrivages (pas toujours les mêmes légumes)
- Le pain servi est artisanal, pas du pain de mie industriel tranché
- Les portions varient légèrement d'une assiette à l'autre
- Le restaurant affiche clairement ses fournisseurs locaux
- Les desserts maison ont des imperfections visuelles (pas des formes parfaites)
- Le personnel peut expliquer précisément comment le plat est préparé
- Les prix reflètent le coût réel du travail manuel (pas du low-cost suspect)
Depuis 2014, la loi impose aux restaurants d'indiquer les plats "faits maison" avec un logo spécifique. Mais cette loi a des failles : un plat peut être "fait maison" tout en utilisant des bases industrielles (fond de sauce industriel, pâte feuilletée du commerce).
- Cherchez "fabriqué sur place" ou "production artisanale" plutôt que des mentions vagues
- Regardez la liste d'ingrédients : moins de dix ingrédients reconnaissables = probable fait maison
- Vérifiez la DLC (date limite de consommation) : très courte (2-3 jours) = frais. Longue (8-15 jours) = conservateurs industriels
- Observez l'aspect : irrégularités visibles = artisanal. Uniformité parfaite = industriel
Croire que le prix élevé garantit le fait maison. Faux. Certains restaurants surfacturent du surgelé assemblé dans une jolie assiette. Le prix reflète l'emplacement, le service, la déco, pas forcément la cuisine.
Se fier uniquement au discours du serveur. Beaucoup de serveurs ne savent pas vraiment ce qui se passe en cuisine. Demandez des précisions : "La sauce est préparée ici ou elle vient d'un fournisseur ?" Une réponse floue signale souvent du non-maison.
Penser que "sans conservateur" signifie fait maison. Un plat industriel peut être surgelé sans conservateur chimique et rester 100% industriel. Regardez l'ensemble : texture, liste d'ingrédients, temps de service.
Confondre "cuisiné sur place" et "fait maison". Réchauffer un bœuf bourguignon surgelé industriel, c'est cuisiner sur place. Mais ce n'est pas fait maison. La nuance compte.
Concentrez-vous sur un seul indice rapide : le temps de service. Chronométrez mentalement entre votre commande et l'arrivée du plat. Si un plat complexe arrive en cinq minutes, c'était préparé industriellement. Cet indicateur prend zéro effort et élimine 70% des faux fait maison.
Vous ne trouverez jamais un restaurant 100% fait maison avec zéro ingrédient du commerce. Même les meilleurs utilisent parfois du beurre industriel, du sucre en poudre, des épices conditionnées. Visez "majoritairement fait maison avec des produits bruts" plutôt que "absolument tout fabriqué de A à Z". Cette cohérence existe rarement.
Découvrez qu'est-ce qui constitue du fait maison et quelle est la différence entre un produit artisanal et un produit fait maison sur nos articles dédiés.
Repérer le vrai fait maison demande un peu d'entraînement mais devient vite automatique. Vous développez un œil et un palais qui détectent instantanément l'industriel. Testez cette semaine : commandez un plat dans deux restaurants différents, appliquez ces six indices, comparez. Vous verrez rapidement la différence.
















